15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 05:32

Enfin une vraie B.D sur Mayotte nous annonçait-on !
Après avoir pris le temps de lire ce livre attentivement et de le confronter à ma (toute jeune) perception de l'île au lagon, je dois avouer une certaine déception.

Je m'étais plongé dans la lecture avec envie. Je suis plutôt fan de B.D en N&B, aux traits épais, etc. Mais au final, le compte n'y est pas.

Pourquoi ? En fait, il y a surtout 3 choses qui me dérangent.

« Le Droit du Sol » ou le quotidien d'expatriés

Tout d'abord, il ne me semble pas que le livre parle vraiment de Mayotte. Du moins, il ne dévoile pas Mayotte dans le sens où il était annoncé comme un première vraie B.D sur l'île.

Le livre évoque, avant tout, le quotidien d'expatriés. Des expatriés dont les états d'âme, à la limite du verbeux parfois, constituent le vrai sujet du bouquin. Mayotte n'est pratiquement vue qu'à travers leur quotidien.

Même la situation tragique des candidat(e)s à l'immigration - notamment à cause de ce fameux « droit du sol » - n'est évoqué, principalement, qu'à travers ce prisme. Ce n'est pas vraiment le coeur du livre, contrairement à ce que peut laisser croire le titre. C'est un fil rouge qui donne unité et cohérence au déroulé de l'histoire, au vécu des différents personnages et, surtout, qui leur permet d'étaler, à longueur d'ouvrage, leurs pensées profondes.

Hormis les planches consacrées aux traversées des Kwassa-Kwassa (et qui sont un véritable bonne idée) au début de chaque chapitre, l'histoire semble pouvoir se transposer à peu près n'importe où. On n'est pas en prise direct avec Mayotte.

Un livre sur Mayotte... sans les mahorais

On n'est pas en prise direct avec Mayotte notamment, aussi, au cause de l'absence quasi-totale de protagonistes mahorais. Ils sont les grands absents de cette histoire.

D'un côté, il y a les blancs. Qui font vivre et évoluer Mayotte, jour après jour. Qui apportent progès et confort. De l'autre, les immigrants qui mettent leur vie en danger pour accéder à ce confort. Au milieu de tout ce beau monde... rien, personne !?!

Cela me dérange car, même si je crois à l'honnêteté et à la sincérité de l'auteur, on n'est pas bien loin d'une posture colonialiste dans laquelle le « colonisé » passe pour quantité négligeable. D'autant plus, que les rares fois où l'auteur évoque les mahorais, ce n'est pas en terme très élogieux.
Soit ce sont des délateurs qui livrent sans vergogne les clandestins à la PAF.
Soit ce sont des possédés qui se « lachent » au cours de cérémonies païennes et sacrificielles.
Soit ce sont des islamistes obtus.

Point de salut en dehors du corps médical

Enfin, plus anecdotique (quoique ?), l'auteur présente deux sortes d'expatriés.

Les médecins, infirmier(e)s et autres membres du corps médical. Ceux-ci sont des candidats certains à la béatification. Hauteur d'esprit, humanité débordante, sacrifice de soi... beaucoup de grandes et belles qualités, peu de défauts.

Pour les autres, fonctionnaires principalement, point trop de salut. Entre un instit toxico (et jamais à l'école) qui s'indigne beaucoup mais ne s'agite que pour récupérer sa femme, un gérant de boutique esseulé, à l'esprit étriqué, et donc forcément réac, un médecin libéral (contrairement aux autres), raciste et libidineux, sans parler des autres « colons » et des gendarmes, policiers et divers membres des forces de l'ordre décérébrés... l'auteur a tapé fort.

Ils faut des personnages typés dans un livre ou une B.D. Mais là, on touche quand même à la caricature pour un livre qui se veut (ou du moins qui était présenté) comme la première vraie B.D sur Mayotte.

Je précise, en disant cela, que je ne suis ni policier ou gendarme, ni instit, ni même fonctionnaire. Je ne défends aucun corps de métier. Je trouve juste que certains raccourcis ont été un peu rapides et surtout très très réducteurs. J'ai d'ailleurs trouvé une critique très élogieuse du livre sur le Net qui évoque : « le comportement colonial des Blancs, le cynisme grossier des expatriés ». Il y a forcément une part de vérité. Mais c'est tellement insultant pour une majorité d'expat. Enfin, j'espère...

Voilà qui conclut donc mes impressions - totalement subjectives et assumées :) - sur ce livre.
Pour que chacun de se faire son opinion, j'en rappelle les références : « Droit du sol » de Charles Masson aux éditions Casterman écriture

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Published by Metropolis - dans Carnet de voyage
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