Un billet de mauvaise humeur
N’étant pas sur l’île depuis longtemps, je n’ai pas souhaité débattre de la départementalisation sur ce blog.
Tout d’abord, parce qu’il s’agit avant tout d’un blog passion, consacré à la plongée et à la vie sous-marine (de Mayotte, puisque j’y vis pour l’instant). Ensuite, parce que je voulais d’abord me forger une opinion réellement fondée, en essayant de comprendre le pourquoi du comment, d’analyser les tenants et les aboutissants, ainsi que le contexte régional et historique, en me confrontant à la réalité de l’île, ou du moins à ce que je pouvais en percevoir en peu de temps.
J’ai donc essayé de m’informer autant que possible :
- Lire, écouter les débats ;
- Comprendre les arguments en faveur du Oui ;
- Entendre ceux du "non" (moins audibles, malheureusement, mais tout aussi intéressants et pertinents).
Et hier soir, à deux jours du vote, je suis tombé sur un reportage du JT de France 2 sur le sujet. Heureusement que j’étais assis, car ce reportage de deux minutes était un scandale, une honte : les faits étaient condensés, raccourcis, présentés sans aucune explication de fond.
Le sujet était traité de manière si superficielle qu’il en devenait un ramassis de clichés insultants et dévalorisants pour les Mahorais, à la limite du racisme.
Au final, ce que l’on retient du reportage, c’est uniquement deux choses :
- Mayotte est un boulevard d’entrée pour de nombreux immigrés clandestins (hantise bien connue du Français métropolitain) ;
- Les Mahorais sont des musulmans polygames et "désorganisés" (à en croire leur état civil), qui attendent avec impatience les prestations sociales qu’apportera la départementalisation.
- Il n’expliquait pas pourquoi l’état-civil est encore mal structuré ;
- Il n’évoquait pas le fait que la départementalisation prendra des années, même si le Oui l’emporte ;
- Il n’indiquait pas qu’il existe une feuille de route progressive, sur une vingtaine d’années (ceci dit, je ne suis pas convaincu que les habitants de l’île l’aient bien assimilé non plus) ;
- Il ne contextualisait pas la situation de l’île ni son histoire dans la région ;
- Il n’expliquait rien et se contentait d’aligner des lieux communs.
Après ce reportage, j’ai essayé de me mettre à la place d’un métro, confronté en permanence à la crise (chômage ou peur du chômage, difficultés financières, tout ce qu’on lui rabâche à longueur de journée), et à qui l’on montre ces images. Et là, je me suis dit que ce reportage n’allait sûrement pas aider à l’acceptation des Mahorais dans la République. Bien au contraire.
Et si tout le battage médiatique actuel sur Mayotte est du même niveau, je crains que les lendemains ne chantent pas pour l’île au lagon.
Affligeant et désolant.
Dans le reportage, l’inspection du travail est présentée comme une institution de « chasseurs de clandestins ». C’est totalement faux. Ce n’est ni la réalité sur le terrain, ni la volonté des agents qui y travaillent (ils auraient probablement signé à la PAF si tel était le cas).